Le Trichomonas Vaginalis

    C'est un parasite anaérobie mobile, piriforme de la taille d'un gros lymphocyte, muni de trois à quatre flagelles à sa grosse extrémité, et entouré d'une membrane ondulante. Son cytoplasme est granuleux. Son noyau, de faible dimension, se trouve près de l'origine des flagelles. Les kystes ressemblent à des lymphocytes et n'en sont aisément distingués que par la coloration au bleu de Crésyl qui ne les imprègne pas, alors qu'elle imprègne les leucocytes et les cellules vaginales.
    C'est un parasite cosmopolite et sa prévalence touche les groupes sexuellement actifs des deux sexes entre 15 et 35 ans : 40% des femmes et 15% des hommes. 25 à 85% des hommes sont infectés par T.V. si leur partenaire l'est. En revanche, 100% des femmes le sont lorsque le partenaire présente une Trichomonase.
    L'incidence de la Trichomonase serait en diminution en France actuellement.
    Contrairement aux autres M.S.T. son incidence augmente avec l'âge de la patiente.
    La transmission est sexuelle dans la majorité des cas, mais une transmission non sexuelle est possible car le parasite peut rester vivant 24 heures sur le linge, les sièges de toilettes, et dans l'eau du bain et cela explique la découverte exceptionnelle chez le jeune enfant et les vierges.

    • Symptomatologie :
    Dans sa forme typique, la vaginite à Trichomonas se manifeste essentiellement par trois symptômes : la leucorrhée, les brûlures, et le prurit vulvaire.
    La leucorrhée a un aspect caractéristique, elle est verdâtre et mousseuse (parfois blanchâtre ou jaunâtre), fluide, et d'abondance parfois considérable, exceptionnellement “hydrorrhée”, obligeant souvent la malade à se garnir ou à changer de linge dans la journée.
    L'odeur est fétide (odeur de plâtre frais).
    Les brûlures et le prurit vulvaire sont intenses, qui peuvent parfois, du fait de leur intensité et de leur durée (en cas d'absence de traitement total ou adapté) provoquer un état névrotique. Dans ces cas rares, une lichénification vulvopérinéale peut être constatée.
    Signalons, l'absence de douleurs abdominales dans les cas habituels.
    L'infection, très forte dans les cinq premiers jours du cycle, diminue entre le douzième et le vingt-cinquième jour, pour remonter dans les derniers jours.
    L'examen révèle qu'il s'agit le plus souvent d'une vulvo-vaginite :
    La vulve est rouge vif et du pus crémeux parfois plein de fines bulles la baigne. On a parfois, du fait de l'irritation et de l'hyperesthésie vulvaire, le plus grand mal à introduire un spéculum, cependant, en procédant avec douceur et en employant un petit spéculum pour vierge, on parvient habituellement à voir la muqueuse vaginale et cervicale après avoir essuyé le pus mousseux qui la revêt. Cette muqueuse est rouge foncé, écarlate comme la gorge d'un scarlatineux, mais, en outre, sur ce fond écarlate on distingue un piqueté plus foncé. Ce piqueté prend une valeur sémiologique particulière dans les formes a minima de la maladie, lorsque la leucorrhée et la vaginite sont peu intenses.
    La confirmation du diagnostic se fait par l'examen d'une goutte du pus prélevée dans le C.D.S. vaginal, diluée dans du sérum physiologique, entre lame et lamelle, qui permet de voir le parasite au microscope. Il se distingue des leucocytes par sa mobilité : on le voit souvent parmi des amas leucocytaires, qu'il anime de brusques soubresauts.

    • Aspects cliniques :
    La période d'incubation s'étend entre deux et soixante jours. Les formes asymptomatiques représentent 50% chez les femmes et 20% chez les hommes.
    Chez la femme, quatre tableaux cliniques sont retrouvés :

    • Vulvo-vaginite subaiguë : (décrite ci-dessus) à noter que les symptômes commencent souvent pendant ou immédiatement après la menstruation, l'explication de ce phénomène serait que la hausse de pH vaginal, liée au flux menstruel, est favorable à la prolifération des Trichomonas. La dyspareunie est quasi constante.
    • Aspect pseudo-néoplasique : des métrorragies minimes pré ou post menstruelles. La réaction inflammatoire au niveau du vagin et du col entraîne des saignements au contact. Les frottis peuvent eux-mêmes induire en erreur en montrant des cellules suspectes. L'examen histologique montre une hyperplasie et une métaplasie temporaire, avec des infiltrats de polynucléaires et une hypervascularité avec extravasation locale du sang. Cet aspect est visible à la coloration Papanicolaou.
      Exceptionnellement la T.V. peut s'accompagner d'un emphysème cervical (kystes sous épithéliaux bordés de cellules géantes multinuclées).
      L'examen clinique révèle toujours le piqueté quasi-caractéristique de Trichomonas.
      La colposcopie : distingue sur un col érythémateux, une fine ponctuation framboisée.
      L'acide acétique efface souvent ce piqueté rouge.
      Après Lugol, le col apparaît piqueté de points blancs (colpite léopard). Selon leurs tailles, la colpite est ponctuée ou maculaire.
      La colpite ponctuée régulière peut traduire une infection à Trichomonas, même quand le parasite n'est pas retrouvé par les autres examens de laboratoire. L'aspect du col se normalise d'ailleurs après traitement trichomonacide.
    • La pseudo salpingite : la vaginite détermine des douleurs que les malades localisent en sus pubien. Les rapports sexuels sont impossibles ou provoquent des vives douleurs (dyspareunie). Chez ces malades nerveuses, algiques, le toucher vaginal est quasi impossible, la défense de la paroi empêche la palpation profonde, et le toucher rectal combiné à la palpation abdominale peut déclencher de vives douleurs. En vérité, l'erreur est peu pardonnable pour qui connaît cette forme : il suffit d'identifier, et c'est très facile, la vaginite à Trichomonas, de la traiter et de faire un examen quelques jours après le début du traitement pour voir s'écrouler le château de cartes du diagnostic de salpingite.
    • La cystite : dysurie, pollakiurie, brûlures mictionelles et algies sus-pubiennes. Absence de douleurs lombaires spontanées et la température est normale ou sub normale. Cette forme peut être expliquée par le fait que le parasite peut aussi séjourner dans l'urètre et la vessie, d'où l'intérêt d'un traitement systémique.
      L'E.C.B.U. met en évidence une pyurie avec urines stériles. Mais les prélèvements des sécrétions cervicales, vaginales, urétrales ou sur le culot de centrifugation des urines avec un examen à l'état frais peut permettre de voir les parasites et leurs flagelles mobiles. Ces infections peuvent s'associer à une vaginite, mais aussi paraître isolées.

    • Les formes rares :
    Les Trichomonas peuvent provoquer une endométrite ou une salpingite. Elle est isolée au niveau des trompes. L'ascension à travers la filière génitale est mécanique, par sa propre mobilité. L'effet délétère de ces toxines sur les parois tubaires était évoqué comme facteur de risque d'infertilité tubaire. Il ne faut pas oublier l'association avec d'autres facteurs bactériologiques comme les Chlamydiae, Mycoplasmes et les Gonococcies. La T.V. peut phagocyter ces deux derniers et de ce fait, les mettre à l'abri de l'effet des antibiotiques. T.V. augmente l'acidité vaginale favorisant ainsi le développement d'autres agents microbiens. Ce milieu acidifié est néfaste pour la mobilité des spermatozoïdes.
    Les effets délétères des T.V. sur les trompes et les spermatozoïdes sont des cofacteurs d'infertilité pour certains.
    L'infection à Trichomonas est sous estimée et la recherche du parasite sous sa forme enkystée est souvent négligée.

    • Trichomonas et grossesse :
    L'état hormonal gravidique et l'abondance glycogénique vaginale pendant la grossesse favorise la prolifération du Trichomonas spécialement pendant les 2ème et 3ème trimestres. Certaines observations ont incriminé la T.V. dans la survenue d'avortement. Le parasite a été retrouvé dans le liquide amniotique, le cordon ombilical et même le placenta.
    Chez l'homme l'infestation reste le plus souvent asymptomatique et permet donc sa transmission. Les Trichomonas peuvent provoquer quand même chez lui : des urétérites aiguës ; prostatites aiguës, subaiguës ou chroniques (qui s'accompagnent souvent par une urétérite; épididymites et rarement le syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter ou syndrome uréhero-conjonctivo-synovial qui associe : une urétérite ; une conjonctivite et des manifestations articulaires périphériques ou axiales, ce syndrome est dû le plus souvent aux Chlamydiae Trachomatis.
    La confirmation diagnostique :
    L'observation d'un seul parasite affirme le diagnostic. L'identification du parasite est facile par l'examen direct au microscope à l'état frais des prélèvements pratiqués des sécrétions vaginales, cervicales ou urétérales, diluées dans du sérum physiologique. Le parasite peut rester vivant et mobile plusieurs heures sur l'écouvillon humide à l'abri du froid et de la dessiccation, et 24 heures dans les milieux de transport.
    L'examen du culot des urines centrifugées peut être utile en cas de signes urinaires associés. Une coloration est parfois nécessaire pour les identifier (Crésyl ; Acridine orange ; May-grünwald-Giemsa ; Papanicolaou).
    La culture sur un milieu spécifique (Roiron) sera pratiquée dans les cas difficiles. Il ne faut pas négliger la recherche des formes enkystées du parasite.
    La sensibilité de l'examen direct est de 80%, celle de la culture est de 95%.
    La Trichomonase peut être identifiée aussi par la technique des anticorps fluorescents avec sensibilité supérieure à 90%.

    • Le traitement :
    Le traitement trichomanocide est basé sur la famille de Nitro-midazole : Métronidazole ; Nimorazole ; Ornidazole ; Ténonitrozole.
    Le traitement s'impose même pour les formes asymptomatiques. Comme toutes les M.S.T. le traitement simultané du (ou des) partenaire(s) est indispensable, même s'ils n'ont aucun symptôme.
    Le traitement est en double cure minute, avec un intervalle de 10 à 20 jours. Ce traitement est efficace, mais son résultat doit être vérifié par un examen de contrôle au laboratoire, car les rechutes et les recontaminations ne sont pas rares : contrôles à 8 et à 20 jours.
    Les rapports sexuels doivent être évités pendant cette période de préférence.
    Les boissons alcoolisées sont à éviter lors de la prise de médicament à cause de l'effet “antabuse”.
    Les Trichomonacides favorisent l'apparition de candidose, en cas de traitement prolongé, dés lors un traitement fongicide préventif par voie vaginale, sera nécessaire, à la fin de la cure.

    • Posologie :

    • Traitement minute :
      • Métronidazole 2 gr/J (FLAGYL®/4 cp de 500 mg au repas de soir).
      • Nimorazole 2 gr/J (NAXOGYN 1000®/2 cp au repas de soir).
      • Ornidazole 1,5 gr/J (TIBERAL® /3cp après le repas du soir).
      • Secnidazole 2 gr/J ( FLAGENTYL®/4cp au début d'un repas).
        Ces traitements sont à renouveler dans 10 à 20 jours. Si l'examen de contrôle est positif, malgré ce traitement on peut utiliser le traitement long.
    • Traitement long :
      Cette forme est à privilégier dans les formes avec signes urinaires associés, en cas de rechutes, et chez l'homme afin d'éviter les infestations prostatiques qui nécessitent déjà un traitement plus long (20 jours en moyenne).
      • Métronidazole 500 mg/J/10 J (FLAGYL®/2 cp/J/en 2 prises/10 jours. Associé chez la femme aux ovules de FLAGYL® pendant dix jours, compléter par un ovule d'imidazolés (LP) en prévention de la candidose attendue.
      • Ténonitrozole 300 mg/J/10 J (ATRICAN®/3 cp/j en 3 prises/10 jours.
      • La restauration des lactobacilles au niveau vaginal peut aider à éviter la rechute, pour cela on envisage une cure de Geliofil pendant une semaine à la fin du traitement.
        Les formes résistante nécessitent un traitement prolongé de 20 jours avec une dose élevée de Métronidazole
        (2-4gr./J/20 jours en prises fractionnées).
    • Traitement de la femme enceinte :
      L'absorption par la muqueuse vaginale pour le Méronidazole, et l'Ornidazole est de l'ordre de 6-8% maximum de la dose introduite.
      On évite le traitement oral pendant le premier trimestre. Le traitement se limite donc à la voie vaginale : ovules de FLAGYL® pendant dix jours.
      Autrement la voie orale est possible, associée à l'utilisation des ovules de FLAGYL® pendant dix jours.
      • Métronidazole/2 gr en prise unique (FLAGYL®/4 cp au repas du soir).
      • Secnidazole/2 gr en prise unique (FLAGENTYL®/4 cp au début d'un repas).
      • Nimorazole/1 g. en prise unique (NAXOGYN 1000®/ 4 cp au repas du soir, à renouveler, si nécessaire, dans un mois).

    • Conclusion :
    Le Trichomonas Vaginalis est sexuellement transmissible et provoque des tableaux cliniques variés. Son diagnostic est simple dans la majorité des cas. Le traitement est aisé et efficace. Il faut garder dans l'esprit la possibilité de son association avec d'autres germes : Chlamydia, Mycoplasme, Gonocoque et le dernier arrivé l'H.I.V.
    Son rôle protecteur des Gonococcies et des Mycoplasmes contre les antibiotiques, nous oblige à rechercher ces germes à la fin de son traitement pour les traiter à leur tour.
    Attention !!! un germe peut en cacher un autre !!!

Les M.S.T avec parasites intestinaux

    Les parasites intestinaux responsables des maladiessexuellement transmissibles sont : l’entamœba, hystolytica, gardia intestinalis et l’oxyurose. Nous ne décrirons que la plus fréquente : l’amibiase.

    • L'amibiase
    L'amibiase est une parasitose digestive, transmise essentiellement par l'ingestion des aliments souillés (légumes, fruits et de l'eau), les mains souillées jouent un rôle très important dans la transmission, et par les rapports oro-anaux. 30% des homosexuels et des bisexuels sont porteurs d'amibiase.
    L'Entamoeba histolytica, est un protozoaire qui se déplace grâce aux déformations de son corps et à l'émission de pseudopodes.
    Elle se présente sous trois formes : deux formes végétatives mobiles, et une forme kystique immobile, ayant chacune un rôle différent :
    - La forme minuta est responsable de l'infestation,
    - La forme histolytica est responsable de la maladie,
    - La forme kystique est responsable de la transmission,
    Le kyste est assez résistant dans la nature : 15 jours à 180° C, 10 jours dans les selles, 3 jours à l'air et à la lumière, et résiste bien au chlore.
    L'homme est le seul réservoir de parasites, et peut éliminer jusqu’à 6 000 000 de kystes par 100 gr de selles.
    Suites à la contamination par la forme kystique, dans l'intestin, le kyste libère une petite amibe métakystique qui, après une nouvelle division nucléaire, se scinde en 8 amœbules de type minuta qui s'installent sur la muqueuse du côlon. Le passage à la forme pathogène “Histolytica” peut se faire à tout moment sous l'effet de plusieurs facteurs : irritation locale, perturbation de la flore intestinale par une antibiothérapie, germes associés, déficit en IgA sécrétoires, la perturbation de pH, asthénie physique ou psychique, malnutrition, la grossesse, âge (jeune ou âge avancé), l'immunodépression.
    La période d'incubation et de 3 jours jusqu'à plusieurs mois.
    Les formes asymptomatiques :
    Les porteurs sains représentent 90% des sujets atteints. Mais le passage aux formes symptomatiques, peut se faire à n'importe quel moment, dés que les conditions favorables sont présentes.
    • Dysenterie amibienne aiguë :
    Se manifeste avec diarrhées abondantes, 5 à 20 selles par jour, afécales, glaireuses et sanguinolentes (crachat rectal). Le patient se plaint de faux besoins et de ténesme.
    Les épreintes sont des douleurs parcourant le cadre colique et se terminant par une envie impérieuse d'exonérer ;
    la palpation abdominale trouve une sensibilité au niveau du cadre colique, plus prononcée au niveau des fosses iliaques. L'état général est conservé et le malade est apyrétique.
    La forme modérée de la dysenterie : le patient présente une diarrhée fécale, mais glaireuse et sanguinolente ; apyrétique le cadre colique est sensible, spécialement au niveau des fosses iliaques.
    • Amibiase intestinale chronique :
    Alternance des périodes totalement muettes et d'épisodes colitiques paucisymptomatiques, c'est à ce stade, une affection d'aspect bénin est trop souvent méconnue. Elle peut évoluer vers les autres formes, avec localisation à distance de colon. L'asthénie s'alterne avec un bon état général.
    L'apyrexie est la règle. La dyspepsie est accompagnée des nausées avec ballonnement intestinal et flatulences.
    Le transit est perturbé entre constipation et diarrhée.
    L'examen met en évidence la sensibilité du cadre colique et la langue est saburrale.
    La recto-sigmoîdoscopie dirigera le diagnostic : la muqueuse est pâle et atrophique, recouverte de glaires et parsemée de cicatrices d'ulcérations anciennes.
    • La rectite :
    Les émissions de glaires et de sang dominent ce tableau. La rectoscopie retrouve une muqueuse normale ou œdémateuse, parfois des ulcérations en coup d'ongle très évocatrices. Signalons, la possibilité d'amibiase péri anale avec lésions ulcérées et/ou hypertrophiques.
    Le diagnostic repose sur l'examen de selles, les prélèvements intra-rectaux, les biopsies et le sérodiagnostic.
    Les formes extra-intestinales :
    Elles résultent toujours de la migration d'Entamœba Histolytica au départ d'un foyer intestinal, tantôt connu, non ou mal traité, (complications secondaires évidentes), tantôt méconnu parce que latent ou oublié (formes faussement primitives).
    • L’amibiase hépatique :
    L'Amibiase hépatique est due au passage des amibes à travers la paroi colique, avec atteinte du foie par contiguïté.
    • L’amibiase pulmonaire :
    Le diagnostic clinique est basé sur triade symptomatique : douleur thoracique, fièvre et dyspnée.
    • L’amibiase de la femme enceinte :
    L'amibiase asymptomatique n'a aucun effet sur le cours de la grossesse. Par contre, la baisse relative de l'immunité chez la parturiente, peut réveiller une amibiase latente.
    La dysenterie aiguë, peut provoquer avortements, accouchements prématurés, hypotrophies fœtales et même des morts in utero. L'hémorragie de la délivrance peut aggraver l'Amibiase avec l'apparition d'ischémie vasculaire ou de nécrose colique, d'évolution mortelle. L'intervention chirurgicale d'urgence s'impose.
    L'Amibiase viscérale doit être évoquée et recherchée (écho, sérodiagnostic…). Chez une femme enceinte qui présente une fièvre, une douleur abdominale diffuse ou de l'hypocondre droit, si la femme est connue pour son Amibiase ou pour le portage de ce parasite.
    Le fœtus peut être contaminé lors de sa naissance, mais le plus souvent sa contamination survient dans le post partum suite aux mauvaises manœuvres.
    Les localisations exceptionnelles :
    Amibiase cutanée, urogénitale, splénique, cérébrale, et même ostéoarticulaire.
    Les moyens diagnostics :
    Les examens complémentaires doivent être adaptés à la forme clinique de l'amibiase, et visent à la mise en évidence des parasites dans les différents prélèvements (selles, glaires, biopsies),
    - Examen parasitologique des selles,
    - Coproculture,
    - N.F.S. avec V.S.,
    - Rectoscopie ou Colposcopie,
    - Radiographie abdominale ou thoracique,
    - Echo-abdominale,
    - Lavement baryté,
    - Le sérodiagnostic : par l'immunofluorescence, l'hémagglutination, ou le test au latex permet d'affirmer le diagnostic.
    Le traitement :
    La possibilité de la réactivation de l'infestation asymptomatique, sous l'effet des facteurs favorisants, son imprévisibilité, et la gravité des complications possibles, rendent le traitement obligatoire des partenaires, et de l'entourage.
    Le traitement de l'Amibiase viscérale se base sur les dérivés imidazolés :
    Tinidazole (FASIGYNE®), Secnidazole (FLAGENTYL®), Ornidazole (TIBERAL®) : très efficaces en cure courte, 2 g/j/pendant 3 à 5 jours, relayés par l'INTERIX® (Tiliquinol, Tilbroquinol) 2 gélules matin et soir pendant 10 jours. Ce dernier pour assurer l'élimination des formes enkystées.
    Dans les formes gravissimes : la voie intraveineuse est conseillée, Métronidazole (FLAGYL®)1,5g/j 3-5 jours, ou Ornidazole (TIBERAL®), à la même dose. Cette forme entraîne une guérison rapide. Un traitement complémentaire d'INTERIX® à raison de 4 gélules en deux prises par jour /10 jours.
    Chez la femme enceinte : FASIGYNE®, FLAGENTYL®, TIBERAL®, en cure courte de 1 à 3 jours, sont bien tolérés et sans inconvénient, même pendant le premier trimestre. Le relais par INTERIX®, non absorbé par le tube digestif, pendant dix jours sera nécessaire.
    Les doses sont identiques à celles en dehors de la grossesse, à part FLAGYL® qui est déconseillé pendant le premier trimestre.

    • Giardiase ou Lambliase
    C'est une parasitose intestinale cosmopolite et très répandue transmise par voie orale (par les mains sales) ou par voie sexuelle (rapports oro-anaux ou sodomie) grâce aux homosexuels et bisexuels.
    L’agent responsable “Girardia intestinalis” est un protozoaire flagellé spécifique de l'homme, chez qui il détermine, par sa présence sur la muqueuse du duodénum, la giardiase ou lambliase.

    • La Giardiase :
    Elle touche 10 à 20% des populations vivant en climats tempérés et chauds et son taux de fréquence augmente en France et en Europe.
    Si son diagnostic est parfois difficile à poser, son traitement spécifique est maintenant d'une grande efficacité, et d'une parfaite innocuité.
    Clinique :
    70% des porteurs de Giardiase restent asymptomatiques (porteurs sains), 30% présentent une symptomatologie nette et, parmi eux, 10 à 20% sont de vrais malades, dont la vie, en dehors de toute thérapeutique, est gravement perturbée par leur parasitose.
    Les tableaux cliniques :
    Comme beaucoup de parasitose digestives, la Giardiase peut rester longtemps asymptomatique.
    La forme aiguë : après une incubation de 1 à 3 semaines, s'installe plus du moins brutalement une diarrhée faite de 5 à10 selles par jour, surtout matinales, pâteuses et jaunâtres, parfois d'odeur putride, ne contenant ni sang, ni glaire. Elle s'accompagne volontiers de douleurs abdominales modérées mais de type et de localisation variables : simples troubles dyspeptiques ou sensation de ballonnement. Telles symptomatologies peuvent évoquer un ulcère gastroduodénal ou une affection hépatobiliaire. Un syndrome appendiculaire peut en être le seul symptôme.
    Les signes peuvent disparaître spontanément en quelques semaines, mais ils peuvent aussi passer à la chronicité. L'évolution devient capricieuse, se limitant à un seul signe. Ainsi la diarrhée peu connaître une rémission ou même alterner avec de la constipation.
    La forme moyenne : diarrhée “au long cours” apparaissant par crises mais durant parfois plusieurs semaines d'affilée, avec ou sans coliques préliminaires, 5 à 6 émissions par jour de selles abondantes, pâteuses et molles, “en bouse”, gris brun ou chamois, souvent graisseuses, mais sans fausses membranes ni sang.
    Les formes graves ou malignes surviennent sur des terrains fragilisés : grands fumeurs ou alcooliques, gastroctomisés (chlorhydriques) ou déficients immunologiques (SIDA ou déficit en IgA sécrétoires).
    Diarrhée qui persiste depuis longtemps, accompagnée par anorexie, dyspepsie, epigastralgie postprandiale avec altération de l'état général. Le patient amaigri, asthénique, insomniaque, anxieux, présente parfois des palpitations et des douleurs précordiales.

    • Giardiase et grossesse :
    Chez la femme enceinte, les troubles digestifs sont assez intenses, avec une malabsorption parfois importante, avec comme conséquences : amaigrissement et altération de l'état général. Il n'y a pas de passage transplacentaire de ce parasite. La contamination éventuelle se fait par la manipulation du nourrisson ou de sa nourriture avec des mains sales et provoque une diarrhée.
    Diagnostic :
    Dans 70% des cas, le diagnostic sera une découverte de laboratoire. Chez les malades avec comportement sexuel à risque, il faut penser à la Giardiase devant une diarrhée prolongée présentant les caractères décrits ci-dessus.
    Le diagnostic de certitude est basé sur l'examen parasitologique direct des selles, en mettant en évidence des formes végétatives ou kystiques du parasite.
    Les parasites peuvent être recherchés dans les selles par immunofluorescence directe ou indirecte par la technique ELISA. La sérologie peut détecter les anticorps type IgA par le test ELISA.
    Dans les cas difficiles, c'est la recherche des formes végétatives dans le liquide de tubage duodénal.
    La rectoscopie est généralement normale, mais on peut observer des ulcérations muqueuses. Les biopsies dans ces cas peuvent confirmer le diagnostic.
    Traitement :
    Le traitement repose sur les imidazolés, en traitement minute. Il faut traiter en même temps tous les partenaires impliqués.
    Il est très important de dépister les porteurs asymptomatiques dans l'entourage du malade, afin de les traiter.
    Le tinidazole (Fasigyne®), l'ornidazole (Tibéral®) et le secnidazole (Flagnetyl®) à la dose de 2g en une seule prise. Ils sont très bien tolérés et efficaces. Le métronidazole (FLAGYL ®) 2g /j/ 3 jours. Un examen parasitologique de contrôle est nécessaire, pour dépister la réinfestation ou la rechute, qui nécessite le renouvellement du traitement.
    Ces médicaments sont utilisables chez la femme enceinte à la même dose.

    • L'Oxyurose
    Parasitose cosmopolite habituellement bénigne, l’oxyurose atteint plus particulièrement les enfants, les adultes irresponsables (malades psychiatriques) ou manquant d'hygiène.
    L'Oxyurose est surtout important en Russie, en Europe, et en Amérique du Nord où la population d'âge scolaire est souvent infectée à 80%.
    La contamination est faite par transport manuel direct chez les enfants, par contre chez les homosexuels et bisexuels elle s’effectue par rapports anaux, oro-anaux ou en général les rapports tri-orificiels (bouche, anus, vagin).
    L'agent responsable de l'oxyure, est un ver blanc, rond, de petite taille (1 cm pour la femelle et 3 mm le male), qui vit accroché sur la muqueuse de l'iléon. Les femelles gravides gagnent l'ampoule rectale, franchissent activement le soir, le sphincter, se fixent aux plis radiers de la marge anale, pour y déposer les œufs embryonnés qui sont immédiatement infectieux.
    Clinique :
    Le signe clinique majeur est le prurit anal ou ano-vulvaire intense exacerbé la nuit, obligeant au grattage, il sévit par crises de 2 à 4 jours.
    Lésions de grattage et sécrétions allergisantes des femelles aboutissent à l'eczématisation de la région.
    Chez la fillette, il s'étend à la région vulvaire et s'accompagne souvent de vulvite œdémateuse et purulente.
    Les signes généraux : irritabilité, insomnie, pâleur du visage, pincement des ailes du nez, prurit nasal et grincement de dents nocturnes.
    Les troubles intestinaux sont assez fréquents : anorexie, douleurs sourdes dans la fosse iliaque droite, selles pâteuses ou diarrhéiques.
    L’ Oxyurose peut prendre l'aspect de la crise appendiculaire classique, mais l'envahissement du vagin et des voies génitales, utérus, trompes est très rare.
    Les formes exceptionnelles comportent : localisations erratiques formant un granulome dans le foie, le poumon, le rein, le mésentére.
    Des infections urinaires à répétitions dues à des germes (E. Coli) véhiculés par les vers.
    Diagnostic :
    Cliniquement, le prurit anal est le signe majeur qui doit faire penser à l'Oxyuroses, dont le diagnostic de certitude sera obtenu par la découverte des vers adultes à la marge anale ou dans les selles.
    GRAHAM test ou scotch test apporte la confirmation, pratiqué le matin avant la toilette. Il suffit d'appliquer un morceau de scotch sur l'anus, en écartant les replis de la marge anale, puis de le coller sur une lame porte-objet pour examen microscopique : il montre les œufs caractéristiques pondus la veille et récoltés par l'adhésif.
    Rappelons que l'examen coprologique normal serait négatif, sauf dans de rares cas d'infestations massives, et la recherche de l'éosinophilie sanguine inutile, le taux restant paranormal.
    Parfois le diagnostic est anatomopathologique d'une pièce d'appendicectomie etc.
    Traitement :
    Combantrin, Vermox ® ou Fluvermal ® à la dose de 1 cp/j/ dose unique. Zentel ® 3 cp/j/ dose unique. Cette dose est à répéter dans 20 jours. Les doses seront adaptées pour les enfants selon leurs poids.
    Il faut traiter tous les sujets concernés en même temps, sans oublier l'entourage direct du patient. Le traitement de la femme enceinte sera avec les mêmes médicaments et les mêmes doses. Les règles d'hygiène doivent être respectées dans la vie de tous les jours.
    ATTENTION AUX MAINS !!!!! ET AUX ?????

Les ectoparasites vénériens

    Cette famille comporte le Sarcoptes Scabiei : responsable de la gale, et le Phtirius Pubis (pou pubien) : responsable de la phtiriase ou la pédiculose pubienne (morpion).

    •La Gale
    Dermatose cutanée, très prurigineuse et contagieuse par simple contact. Elle touche en général les jeunes entre 15 et 25 ans, d'hygiène douteuse.
    L'agent responsable le Sarcoptes Scabiei est un acarien, parasite strict de l'homme, qui vit dans l'épiderme où la femelle y creuse un sillon où elle dépose ses 2-3 œufs.
    Le cycle évolutif du sarcoptes, dure en moyenne trois semaines, et s'effectue entièrement sur l'homme. Les déchets parasitaires entraînent un prurit intense, exacerbé la nuit.
    Clinique :
    La période d'incubation est de 30 jours, se limite à 3 jours en cas de réinfestation.
    Chaleur, humidité et contact prolongé facilitent le passage du Sarcoptes (l’agent qui passe son temps sur la surface cutanée est contagieux à tous les stades de la larve à l'adulte). Quand la population sarcoptique comporte de 12 à 15 femelles, on entre dans la période d'état caractérisée par les symptômes suivants :
    - Prurit intense, qui s'étend sur toute la journée avec exacerbation nocturne, dans la chaleur du lit. Le prurit se localise aux mamelons, plis sous mammaires, l'ombilic, la région pubo-périnéale, la face interne des cuisses, le triangle fessier, aux poignets, et les espaces interdigitaux.
    - Érythème papulovésiculeux sous les aisselles, sur les coudes, de l'abdomen, sur les cuisses, la région vulvo-périnéale, et les plis inguinaux, avec la présence non pathognomonique des vésicules perlées de la taille d'une tête d'épingle sur les faces latérales des doigts et le bord cubital des poignets. Ces papules sont fermes et très prurigineuses.
    - Les sillons pathognomoniques mais souvent difficiles à trouver : petites lignes sinueuses plus ou moins grisâtres, de 5 à 10 mm de long, qui se terminent par la vésicule perlée ou l'éminence acarien. Ses sillons siègent dans les localisations du prurit cité ci-dessus. Les localisations de prédilection : autour des mamelons chez la femme, et sur le gland et le fourreau de la verge chez l'homme. La gale épargne en général le visage, la tête, et le dos est moins souvent atteint.
    - Les chancres scabieux : peuvent être observés au niveau des organes génitaux externes.
    L'évolution, à part chez les gens propres, se fait vers la généralisation et l'aggravation par des surinfections aboutissant à presque tous les aspects rencontrés en dermatologie : pyodermite, eczéma, stries de grattage, papules excoriées, lichénification, impétigo etc.
    La gale norvégienne est une scabiose généralisée qui peut survenir chez les immunodéprimés (corticothérapie, H.I.V.), les drogués, les déficients mentaux. Elle est suspectée devant une érythrodermie prurigineuse et creuteuse avec onyxie et hyperkérateuse palmoplantaire “farineuse”. La prolifération parasitaire est considérable, responsable d'une extrême contagion et des difficultés thérapeutiques.
    Diagnostic :
    Le diagnostic de gale est essentiellement clinique : basé sur le prurit, les perles, et surtout les sillons.
    En cas de doute la confirmation du diagnostic est apportée par la mise en évidence au microscope du Sarcoptes Scabiei ou de ses œufs. Après repérage du sillon (facilité par le dépôt d'une goutte d'encre ou de teinture d'iode, qui va en dessiner le trajet), raclage doux avec une petite curette du sillon et de l'éminence à l'aiguille. Le contenu est ensuite examiné au microscope dans quelques gouttes du KOH à 10%.
    Traitement :
    Le traitement simultané des partenaires et de tous les membres d'une famille s'impose.
    Les modalités de l'application sont très importantes à suivre minutieusement : les lésions de surinfection seront traitées, auparavant appliquer le traitement spécifique qui suit ci-après :
    Le soir après un savonnage de tout le corps et un bain chaud de 10 à 15 minutes. Séchage puis badigeonnage à l'aide d'un pinceau plat, d'Ascabiol® (Benzoate de benzyle) sur le totalité de la face corporelle en insistant particulièrement sur les plis, les mains, et les organes génitaux, en évitant seulement le visage et le cuir chevelu.
    Laisser sécher, puis une seconde application 15 minutes plus tard, une troisième application le lendemain matin, terminer par une douche le soir du deuxième jour.
    Sprégal® (Esdepalléthrine) aérosol : le soir après une douche vigoureuse, séchage puis une pulvérisation sur tout le corps comme indiqué ci-dessus, suivie par une douche le lendemain matin.
    Scabecid® le lindane est appliqué sur une peau froide et sèche, le rinçage 12 heures après. En cas d'échec le traitement est à répéter huit jours plus tard.
    L'Ivermectine (Mectizan® ou Stromectal®), à la dose orale unique de 100 µg/Kg
    Le linge et la literie sont plutôt décontaminés par un simple lavage en machine à 30°C, faisant réserver l'application d'insecticide (D.D.T. ou Aphtiria), en poudre ou en aérosol au linge non lavable.

    • La Phtiriase ou pédiculose pubienne
    Parasitose pubienne due à Phtirius Pubis ou le Pou de Pubis (morpion), qui est un petit insecte gris, trapu, de 1-1,5 mm de long, avec thorax très large portant des pattes puissantes à pseudo pinces énormes, et abdomen court et étroit. La pédiculose pubienne se transmet lors des préludes ou des rapports sexuels par contact direct avec des poils infectés, d'où son appellation “le papillon d'amour”.
    Cette dermatose se voit chez les jeunes de 15 à 25 ans d'hygiène plus que limitée et sa transmission est exclusivement sexuelle. Le parasite peut rester jusqu'à 24 heures loin de l'hôte à température ambiante.
    La période d'incubation est de 30 jours, et ce parasite préfère les poils de la région pubo-périnéale, mais peut toucher toutes les régions pileuses même les cils !!!
    Clinique :
    Le prurit vulvo-périnéal continuel avec exacerbation nocturne, représente le signe majeur qui peut amener la malade à consulter. L'inspection de la région pubo-périnéale constate des petites taches bleuâtres, des signes de grattage et parfois des signes inflammatoires ou une pyodermie. L'examen à la loupe permet l'identification des poux amarrés aux racines des poils. La patiente peut occasionnellement signaler des taches sanguinolentes sur les sous-vêtements correspondant à l'excrétion du sang digéré par les parasites.
    Traitement :
    Les pyréthrines et les organophosphorés sont les produits les plus utilisés actuellement. Le traitement doit être simultané des tous les partenaires concernés.
    Les produits en lotion seront préférés : Prioderm®, Elentol®, Benzchloryl®, Pyreflor® etc. La lotion est appliquée sur toutes les zones pileuses de préférence, et laissée pendant 8 à 12 heures, rincée par un shampooing non traitant, et parfois il sera nécessaire de renouveler l'application une semaine plus tard. Le rasage pubien peut s'imposer dans certains cas.
    Les vêtements seront lavés à 60°C. La désinfection de la literie est indispensable, par poudrage d'hexachlorocyclohexane (APHTIRIA®).
    La surinfection sera traitée avant l'application de ces produits, les autres M.S.T. associées sont dépistées et traitées aussi.

Les mycoses : diagnostic et thérapeutique

    75% des femmes présentent au moins une infection mycosique dans leur vie, 5% présentent des infections mycosiques recarrelantes.5 à 10% des femmes sont des porteuses saines des mycoses vaginales sans aucune manifestation clinique.La flore vaginale normale chez la femme adulte est composée d'une flore commensale et de lactobacille où il y a plus de germes anaérobies que de germes aérobies. Cette cohabitation bactérienne maintient un milieu acide du vagin entre (4 et 5) qui permet la lutte naturelle contre l'infection : les sécrétions vaginales. Les sécrétions vaginales normales contiennent des polynucléaires (neutrophiles et des monocytes), des lysozymes, lactoferrine, fibronectine, IgA sécrétoires et du Zinc. Le déséquilibre de cet écosystème transforme le milieu hostile en milieu accueillant aux différents organismes ou aux germes pour se développer et induire des infections de manière épisodique ou récidivante.

    Les agents pathogènes

    La mycose vulvo-vaginale est provoquée par des levures genre Candida : Albicans (dans près de 95%) Glabrata, Tropicalis, Torulopsis, Krusei, Stellatoides etc. (qui sont plus fréquemment rencontrés chez les porteuses de stérilet en cas de récidive et en plus ils sont plus résistants aux traitements locaux).
    L'infection mycosique génitale peut être épisodique ou récurrente (plus de quatre atteintes prouvées par an).
    Le tableau clinique de l'infection épisodique :
    Comporte une vulvo-vaginite aiguë : prurit vulvaire intense accompagnée par des pertes blanchâtres qui peuvent être caillebottées “classiquement” ou non , mais sans odeur pathognomonique.
    Parfois la sensation de brûlure prime, associée à la brûlure de fin de miction, qui est responsable de dysurie, accompagnée de dyspareunie superficielle perturbant la vie de couple.
    A l'inspection la vulve hyperémique, œdèmatiée et l'érythème déborde parfois sur le périnée et la région périnéale. Le vagin rouge et oedematié et le col présentent occasionnellement l'aspect d'une cervicite érosive mais sans sécrétion cervicale purulente.
    Dans le tableau moins typique : les signes sont moins marqués : prurit modéré, pertes discrètes et minimes, la vulve rouge mais non oedèmatiée.
    Le tableau clinique de l'infection récurrente : moins bruyant, se limite plutôt au prurit vulvaire accompagné ou non par des pertes blanchâtres discrètes, brûlure en fin de miction, dyspareunie superficielle. L'examen constate un érythème vulvaire avec oedème modéré. Le vagin est congestif avec peu de pertes blanchâtres.

    Facteurs favorisant l'apparition ou les récidives des infections mycosiques
    La pénétration et la transgression de la ligne de défense naturelle avec la perturbation de l'écosystème vaginal favorise l'infection mycosique. Ces facteurs sont d'ordre local ou général :
    Les facteurs locaux :
    • Contamination iatrogène : sexuelle (partenaire contaminé) ou de proximité (des germes pathogènes séjournent dans le tube digestif : E.Coli, Candida...)
    • Hygiène excessive et inadaptée (savon acide ou parfumé) mauvaise manoeuvre d'essuyage d'arrière en avant (ramenant les germes pathogènes de l'anus vers le vagin). Gants de toilette souillés.
    • Utilisation de tampons qui provoque des micro-traumatismes, irrite la paroi vaginale, par le contact prolongé, empêche l'écoulement naturel de flux menstruel et favorise la macération.
    • Contraception mécanique ou œstro progestative.
    • Les pratiques sexuelles : rapports très fréquents, orogénitaux ou anaux.
    • Traitement trichomonacide ou corticoïde inadapté. Trouble de l'immunité cellulaire locale ou hyper sensibilité locale vaginale.
    • L'exposition fréquente à l'eau de piscine ou de mer.
    • Les vêtements serrés et synthétiques : qui favorisent la macération et augmentent l'acidité locale.
    Les facteurs généraux :
    • Médicaments systémiques :
    - Antibiotiques à large spectre.
    - Corticothérapie.
    - Chimiothérapie anticancéreuse.
    - Immunosuppresseurs après transplantation d'organes.
    • Facteurs hormonaux :
    - Déséquilibre hormonal relatif :
    Endogène (grossesse, période prémenstruelle).
    ou
    Exogène : contraception orale à climat oestrogénique (peu utilisée).
    T.H.S. mal adapté. Même les progestatifs peuvent être considérés comme facteurs favorisants.
    • Maladies endocriniennes : diabète ou hypothyroïdie non traité ou mal équilibré.
    • Nutrition mal équilibrée : surconsommation glucidique, produits laitiers et régimes déficitaires en zinc.
    • Le stress qui est responsable d'hyper- sécrétion de bêta- endorphine qui stimule la filamentation mycosique et inhibe la production d'interféron gamma.
    • Le surmenage et la fatigue physique qui peuvent provoquer une baisse relative et transitoire de l'immunité.
    • Le S.I.D.A : dans le tableau d'une baisse réelle et constante de l'immunité en général.
    • Auto inoculation : d'une autre localisation candidosique : buccale, interdigitale, sous-mammaire, sous le tablier abdominal en cas d'obésité excessive et le “pied-d'athlète”.
    • Les infections génitales mixtes.

    • Le diagnostic des mycoses génitales.
    Le tableau clinique complet est plutôt difficile surtout en cas de premier épisode guidé par l'interrogatoire qui met en évidence un ou plusieurs facteurs favorisants de l'infection mycosique.
    Dans le cas où le tableau est discret, incomplet ou en cas de récidive ou suspicion de contamination sexuelle la recherche mycobactériologique trouve bien sa place : pour confirmer le diagnostic et la recherche d'autres pathogènes spécialement ceux qui sont responsables des M.S.T.
    L'examen mycobactériologique comporte trois volets :
    • Observation au microscope d'un prélèvement frais et aprèscoloration : mise en évidence de blastospores et de filaments myceliéns et de polynucléaires non altérés.
    • PH acide < 4, 5
    • Mise en culture sur milieu spécifique (Sabouraud) avec identification et comptage du nombre de colonies qui doit être plus ou moins égal à 50 colonies.
    Le diagnostic de mycose ne peut être retenu si l'examen direct est négatif et la culture négative ou positive avec des colonies peu nombreuses (simple colonisation).
    La mycobiograme n'est pas nécessaire en cas de Candida Albicans car il n'existe pas de résistance aux imidazolés.

    • Traitement de l'infection mycosique
    Le traitement médicamenteux repose sur la famille des imidazolés spécialement dans sa forme minute (ovule unique à libération prolongée) car cette famille est efficace, bien tolérée, facile à manier, adaptée, et les effets secondaires très limités, ces qualités facilitent l'observation.
    Les formes disponibles en France de cette famille en monodose à libération prolongée : Monazol, Fongarex, Lomexin, Gynopevaryl LP150.
    Crème ou lotion ; Amycor, Daktarin, Dermazol Gé, Econazol Gé, Fazol, Lomexin, Monazol, Pevaryl.
    En cas d’infection occasionnelle ou sporadique : un ovule au coucher, associé si signes locaux importants avec toilette biquotidienne par savon adapté (ph neutre ou alcalin) suivie d’un rinçage à l'eau pure abondante avec séchage par tamponnement de préférence avec une serviette jetable.
    Ensuite l'application locale d'un antifongique (crème ou lait).
    En cas de récidive (forme récurrente) :
    • Nous insistons sur la nécessité d'éliminer ou corriger les facteurs favorisants, en respectant les règles d'une hygiène correcte.
    • La responsabilité de l'homme dans la transmission sexuelle de la mycose est retenue par plusieurs auteurs dans 30 à 40% des cas. 20% des partenaires de femmes souffrants de récidives mycosiques ont une colonisation pénienne à candida, (balanite, balanoposthite, et même urétérite mycosique : érythème prurigineux du gland et/ou du sillon balano-préputial avec discrètes érosions et pustulettes) dans ces cas un traitement antifongique locale est conseillé.
    • Les rapports sexuels seront suspendus pendant la période du traitement.
    • L'emploi de préservatifs sera conseillé jusqu’au contrôle suivant.
    • En cas de candidose liée à l'utilisation d'antibiotique : changer la famille d'antibiotique responsable de cette infection, soit utiliser au début du traitement un antibiotique à titre préventif, un ovule antifongique de la famille des imidazolés à renouveler dans une semaine si le traitement dure dix jours ou plus, l'utilisation concomitante de levure per os semble être utile (type ultra-levure 3 gélules par jour) durant la période de traitement antibiotique mais surtout après le traitement antifongique utiliser les préparations contenant des lactobacilles thophigil ou Florgynal, un ovule matin et soir pendant 20 jours.
    • Les récidives candidosiques liées aux règles : un ovule d'imidazolé à la fin des règles associé à un traitement visant à rétablir les lactobacilles vaginaux par l'application dès la fin des règles de géliofil pendant trois jours, ce traitement est à renouveler pendant six mois.
    Les récidives candidosiques rebelles : irrigations vaginales avec une solution diluée ou Bétadine, rincer puis un ovule d'imidazolé en période post menstruelle immédiate (où le nombre des levures est plus bas).
    • Géliofil ou Florigynal pendant trois jours afin d'équilibrer l'éco-système avec le rétablissement de bacille de döderlin, qui permet la lutte contre le candida Albicans.
    • Fluconazole (150 mg) en prise unique (Triflucan , Beagyn). La surveillance bimensuelle de bilan hépatique (transaminases, phosphatases alcalines, bilirubine) s'impose pendant les deux premiers mois de la période de traitement, car le Kétoconazole est responsable d'hépatites symptomatiques environ 1 cas pour 1500 prescriptions et ce quelle que soit la dose utilisée. Cette hépatite régresse spontanément à l'arrêt du traitement.
    • L'itraconazole (Sporanox) semble prévenir l'apparition des symptômes à la dose initiale de 200 mg/j pendant deux jours puis 200 mg/j, le cinquième et le sixième jour du cycle pendant six mois.
    • Les antihistaminiques peuvent être associés afin de soulager les patientes avec prurit intense et signes locaux aiguës, en privilégiant l'utilisation d'un antihistaminique dénué d'effet somnolant (Zyrtec) ou l'Atarax en cas de mycose liée au stress.
    • L'immunothérapie par désensibilisation en cas d'hypersensibilité locale peut être utile, l'emploi de corticoïdes en petite cure par voie orale peut donner de bons résultats.
    • Chez la femme enceinte : le traitement oral est contre indiqué et la prévention ou le traitement des infections mycosiques se limite à l'utilisation d'Imidazolé (Monazol, Gynopevaryl LP150) en monodose, à répéter si besoin une semaine plus tard, associé avec l'application de crème ou lait localement, toilette au savon neutre ou alcalin et en respectant les règles d'une hygiène correcte.
    • Certains ont proposé à un petit groupe de femmes d'ingérer quotidiennement deux yaourts contenant du Lactobacillus acidophilus pendant six mois, et cela a entraîné une baisse significative à la fois de la colonisation vaginale candidosique et du nombre de récurrences.

Conclusion

    75% des femmes présentent au moins une infection mycosique dans leur vie, 5% présentent des infections mycosiques recarrelantes.5 à 10% des femmes sont des porteuses saines des mycoses vaginales sans aucune manifestation clinique.La flore vaginale normale chez la femme adulte est composée d'une flore commensale et de lactobacille où il y a plus de germes anaérobies que de germes aérobies. Cette cohabitation bactérienne maintient un milieu acide du vagin entre (4 et 5) qui permet la lutte naturelle contre l'infection : les sécrétions vaginales. Les sécrétions vaginales normales contiennent des polynucléaires (neutrophiles et des monocytes), des lysozymes, lactoferrine, fibronectine, IgA sécrétoires et du Zinc. Le déséquilibre de cet écosystème transforme le milieu hostile en milieu accueillant aux différents organismes ou aux germes pour se développer et induire des infections de manière épisodique ou récidivante.

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    P.BERNARD et M. SHARAF
    CHU Grenoble