T. H. S. de la ménopause : Quels avantages ? Quels risques ?

Par
Pr Pierre BERNARD

    Depuis juillet 2002, l’arrêt de l’étude importante randomisée, entreprise par le Women Health Initiative (WHI), a remis indiscutablement en cause les traitements hormonaux substitutifs de la ménopause, avec une importante controverse quant à leur intérêt préventif et leur durée d’application.
    Nous vous proposons quelques tableaux pour présenter les avantages initialement reconnus et actuellement contestés, et les risques encourus en précisant pour chacune des études les modalités thérapeutiques.
    Il convient de bien préciser que les produits utilisés, aussi bien pour les œstrogènes que pour les progestatifs, sont différents aux Etats-Unis et en Europe.
    En effet, aux Etats-Unis, le protocole standard comprend 0,625 mg d’œstrogène conjugué équin (Prémarin®) associé à 2,5 mg de Medroxyprogestérone acétate® (MPA), alors qu’en Europe, il s’agit du béta-oestradiol naturel à 1 ou 2 mg associé à un progestatif de deuxième ou de troisième génération.


    I. Troubles immédiats de la ménopause, et le Traitement Hormonal Substitutif


    Depuis 20 ans, la mise en œuvre systématique du traitement hormonal substitutif de la ménopause a été soutenue par les bons résultats immédiats sur toute la symptomatologie précoce de la ménopause, en particulier sur les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, l’insomnie et les troubles de la sphère génitale provoqués par l’insuffisance oestrogènique. Ces bons résultats immédiats ont permis l’élargissement des indications du traitement hormonal substitutif de la ménopause.
    Sur le plan des modalités thérapeutiques, l’introduction du traitement hormonal substitutif de la ménopause se faisait avec la proposition de 3 mois de traitement avec règles, et ensuite envisager un traitement sans règles, dans la mesure où la patiente en exprimait le désir, ou s’il existait une pathologie particulière telle que les antécédents d’endométriose génitale externe ou interne.
    La première alerte provient d’une étude des infirmières de Boston, au cours de laquelle les posologies élevées qu’elles utilisaient, en particulier en ce qui concerne les œstrogènes d’origine équine (Prémarin®) s’avérèrent délétères. Ces études mirent en évidence une augmentation du risque thrombo-embolique veineux (1).
    Ce risque thrombo-embolique veineux précoce devait être confirmé par l’étude WHI, RR = 2,13 (IC à 95% : 1,39-3,25) et en 2002, Miller et al (2) sur une analyse ayant inclus 3 études randomisées, 8 études cas témoins, et une étude de cohorte, qui obtiennent un résultat voisin : RR = 2,14 (IC à 95% : 1,64-2,81), avec un risque absolu inférieur à l’étude WHI.
    Le risque s’avéra plus élevé la première année de traitement : RR = 3,49 (IC à 95% : 2,33-5,59).
    Il existe donc à court terme un risque qui doit être pris en compte : c’est le risque d’accident thrombo-embolique veineux. Il convient donc de préciser que les patientes présentant un risque important ne pourront pas bénéficier du traitement hormonal substitutif de la ménopause classique, puisque ce risque classique apparaît important au cours de la première année d’exposition.


    II. A long terme...


    Le risque d’accident cardio-vasculaire
    L’évaluation de ce risque repose sur une étude déjà ancienne qui était fondée sur le fait suivant : l’ovariectomie chez les femmes pré-ménopausiques avait un effet délétère sur le plan cardio-vasculaire, et une série comparative avait démontré que les femmes hystérectomisées, avec conservation ovarienne avant la ménopause présentaient beaucoup moins d’accidents cardio-vasculaires comparativement à celles qui avaient subi une ovariectomie.
    Comme nous le verrons ultérieurement, ce rôle protecteur des œstrogènes a été remis en cause et, récemment, les auteurs ont insisté sur le fait que l’action des œstrogènes était différente sur les deux temps de la constitution d’une thrombose coronarienne : l’atteinte endothéliale et constitution de la plaque, puis l’apparition du caillot par fissuration de la plaque. Les œstrogènes auraient plutôt un effet protecteur quant à la constitution de la plaque elle-même, mais favoriseraient la constitution des caillots. L’effet protecteur pourrait être lié aussi à la voie d’administration et, en particulier, les voies d’administration per-nasale et percutanée.

    Ostéoporose et THS
    Depuis plus de 5 ans, l’étude PEPI (3) avait démontré l’efficacité du THS avec une amélioration du gain osseux, et l’absence de déperdition osseuse chez les 640 femmes qui avaient suivi régulièrement leur traitement par rapport à la série placebo.
    L’effet bénéfique sur la densité minérale osseuse a été confirmé pour les œstrogènes mais aussi pour les nouveaux produits que sont les SERM, et en particulier le Raloxifène. Nous reviendrons ultérieurement sur ces études importantes à prendre en compte dans le traitement hormonal substitutif de la ménopause.

    Maladie d’Alzheimer et THS
    La présence de la maladie d’Alzheimer est plus importante chez la femme que chez l’homme, avec une prévalence de 1,30% chez la femme et de 0,67% chez l’homme. De plus, il existe à partir de l’âge de 60 ans chez la femme une augmentation progressive : de 0,7 à 60 ans, à 10, 5% à l’âge de 80 ans, et une accélération aiguë entre 80 et 95 ans, puisque le taux à 95 ans est de 38,6%.
    En 1996, l’étude PAGANINI-IL HANDERSON démontrait un effet bénéfique de l’oestrogénothérapie sur la maladie d’Alzheimer avec un risque relatif diminué après 3 ans d’utilisation : RR = 0,83, après 4 à 14 ans d’utilisation : RR = 0,50, après 15 ans d’utilisation RR = 0,44.
    Cette étude importante est remise en cause par l’étude WHI, mais cette dernière est tout à fait contestable car les patientes qui ont été incluses dans cette étude présentaient un biais de sélection, en ce sens qu’il s’agissait de patientes très âgées, 63 ans en moyenne, avec des facteurs de risques vasculaires élevés. La majorité d’entre elles présentant un surpoids et surtout elles étaient toutes anciennes fumeuses.
    Il apparaît dans toutes les études que la prévention de la maladie d’Alzheimer est en rapport avec l’oestrogénothérapie et que l’association oestro-progestative n’a peut être pas le même effet bénéfique que l’utilisation isolée des œstrogènes.

    Cancer du sein et THS
    A l’évidence, en 2003, on ne peut envisager le traitement hormonal substitutif de la ménopause sans prendre en compte les facteurs de risque de cancer du sein chez la femme ménopausée.
    Nachtigall (3) puis Hulley (4), dans une étude parue en 1998, publiaient les résultats du Heart and oestrogen-progestin remplacement study group (HEPRSG). Cette étude commençait à présenter une augmentation du risque relatif pour le cancer du sein, avec un risque relatif égal à 1,30 (IC : 0,77 – 2,19).
    Les études actuelles confirment l’augmentation du risque relatif dans la survenue d’un cancer du sein s’il existe des facteurs de risque.
    Pour l’étude WHI, les auteurs avaient initialement fixé des limites des différentes affections étudiées, en particulier pour le cancer du sein. Ces limites ayant été franchies, après 5,2 années de suivi moyen, le comité de surveillance a décidé d’interrompre l’étude, la balance bénéfice-risque penchant plutôt du côté des risques.
    La légère augmentation de fréquence des cancers du sein observée, avec un risque relatif RR = 1,26 (intervalle de confiance IC à 95% : 1,00 – 1, 59) correspond en fait, en risque absolu, à 8 cas supplémentaires de cancers du sein pour 10 000 années-femmes (AF), et est en accord avec les données de la littérature publiée à ce jour sur le sujet.

    Il convient de bien préciser que dans cette étude, la majorité des patientes avait déjà eu un traitement hormonal substitutif préalable. De plus, il n’avait pas été tenu compte pour chacune des patientes de ses propres facteurs de risques à présenter un cancer du sein.
    L’étude WHI a fait l’objet de très nombreuses critiques, en particulier en ce qui concerne les critères d’inclusion des patientes.
    De plus les études randomisées comparatives et en double aveugle de Bergkvist L et al (5), et de Jerströmh et al (6), démontrent en ce qui concerne la mortalité par cancer du sein, un taux moins élevé chez les patientes qui ont suivi un THS…
    Les raisons évoquées de ce pronostic plus favorable apparaissent sur le suivant.




    III. Les nouvelles propositions thérapeutiques



    L’introduction des médicaments à action préférentielle en fonction des récepteurs : selective oestrogene receptor modulator (SERM), relance l’intérêt du THS après la ménopause.

    La Tibolone est un dérivé 19 nortestostérone, elle est administrée avec une prise quotidienne par voie orale.
    La Tibolone est métabolisée en dérivés 3 alpha et 3 bêta hydroxytibolone, qui circulent sous forme sulfatée. On trouve également de faibles taux circulants résiduels de Tibolone et d’un autre métabolite qui est le Deltatrachisomère qui a un effet progestatif et faiblement androgénique.
    Les dérivés 3 alpha et 3 bêta OH de la Tibolone sont produits avec des effets oestrogéniques, se fixant sur les récepteurs RE-alpha. Certains tissus, comme l’endomètre, transforment les dérivés 3 bêta OH et 3 alpha par conversion en delta 4 isomère, qui est un produit sans effet oestrogénique.
    Le Tibolone a donc un effet oestrogénique sur la majorité des tissus oestrogéno-sensibles, à l’exception des tissus produisant le delta 4 isomère, comme l’endomètre et le sein.
    Au niveau du sein, la Tibolone bloque par ailleurs la sulfatase et la 17 hydroxydro-génase réalisant ainsi le passage du sulfate d’oestrone vers l’oestrone, puis vers l’oestradiol qui réduit le taux d’oestradiol tissulaire.
    L’étude la plus importante de HUBER J. (7) apparaît sur les 3 tableaux suivants.

    L’autre SERM est représenté par le Raloxifène.
    Ce produit utilisé sous la forme de Chlorydrate de Raloxifène à la dose de 60 mg/jour est un SERM particulièrement efficace contre l’ostéoporose.
    Son efficacité a été démontrée contre le risque de fracture de la colonne vertébrale, et il est actuellement en cours d’évaluation en ce qui concerne les fractures des os longs et de la hanche.

     

    L’intérêt du Raloxifène a été démontré en ce qui concerne son effet anti-prolifératif au niveau des seins par l’essai MORE, comparant pendant 4 années l’inclusion de 2557 patientes sous Raloxifène à 2576 patientes sous placebo.
    La réduction de l’incidence des cancers du sein a été de 62% dans le groupe Raloxifène Pumming LS et al (8).
    Compte-tenu des risques qui ont été exposés précédemment, il parait particulièrement important de personnaliser les prescriptions des traitements hormonaux substitutifs en fonction :

    • des antécédents de la patiente,
    • de ses risques propres en ce qui concerne la prévention des pathologies dégénératives et cancéreuses,
    • de son statut clinique actuel.

    Il existe actuellement une controverse en ce qui concerne la durée du traitement. En effet, l’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) a, de façon drastique et quelque peu arbitraire, réduit la durée du traitement à 5 années, en opposition à toutes les sociétés savantes, en particulier l’AFEM (Association Française pour l’Etude la Ménopause) et la SFG (Société Française de Gynécologie) qui propose dix années.
    La discordance porte sur la durée du traitement, habituellement fixée à 5 ans par l’AFSSAPS, contrairement à l’avis des experts réunis par cet organisme.
    Il est évident que les résultats de l’étude WHI, s’ajoutant à ceux d’une autre étude d’intervention antérieure, l’étude HERS, également effectuée de façon randomisée en double insu et montrant une absence d’effet protecteur du traitement hormonal substitutif en prévention secondaire, ont modifié notre attitude thérapeutique.
    L’étude ayant été menée sur des populations différentes de la nôtre, avec des produits différents, il convient de bien prendre en charge les facteurs de risque pour arriver à une personnalisation du traitement, comme le propose H. ROZENBAUM (9), nos recommandations thérapeutiques apparaissent sur les tableaux de conclusion.

    Comme vous le constatez, il est souhaitable chez les patientes appartenant à un groupe à risque de cancer du sein, de privilégier pour le traitement substitutif de la ménopause, l’utilisation d’un SERM.
    Il revient donc à chaque médecin la responsabilité de faire son enquête quant aux antécédents, à la situation clinique de sa patiente, et de faire une prescription adaptée avec des recommandations d’hygiène alimentaire, d’activité physique, et une surveillance médicale régulière.



    VII. Bibliographie


    1 - GRODSTEIN F. et al
    Prospectives observational studies of post-menopausal hormonal therapy and the primary prevention of cardio-vasculaire diseases
    Ann Intern med 2000 ; 133 : 933-941.

    2 - MILLER J. et al
    Post menopausal oestrogen remplacement on risk for veinous thrombo-embolisum : the systematic revue and methode analysys for the US preventive services tesk force
    Ann Intern med 2002 ; 136 : 680-690.

    3 - NACHTIGALL
    Obstet. Gynaecol. 1992 ; 80 : 827 – 30.

    4 - HULLEY
    Jama 1998, 280 : 605 – 13.

    5 - BERGKIST L. et al
    Am J. Epidemiol. 1989; 130 : 221 – 27

    6 - JERSTROMH et al
    Br. J. cancer 1999 : 80 : 1453 – 58

    7 - HUBER J. et al
    BJOG 2002 ; 109 : 886 – 93


    8 - PUMMING LS et al
    The effect of RALOXIFENE on risk cancer on post menopausal women
    JAMA 1999 ; 281 : 2189 – 97.

    9 - ROZENBAUM H.
    Menopause après l’étude WHI
    Gyn Obs 2003 ; 464 : 6-7.