I. Introduction
La fréquence est de 15% à 70%.
Elle est en réalité difficile à apprécier car il est difficile de répondre par oui ou par non à la question : êtes-vous frigide ? Anorgasmique ?
Quelles sont les conditions de la réussite sexuelle féminine ?
- On peut comparer la faim et la satiété avec lappétit sexuel et la satisfaction sexuelle orgasmique.
- Pour quil y ait réussite sexuelle féminine il faut :
une intégrité anatomique avec équilibre neurohormonal,
des conditions socioculturelles favorables (milieu déducation),
que le vécu individuel de la femme ait été exempt de traumatismes psychiques ou génitaux souvent provoqués par des hommes.
- En cas de réussite sexuelle, la femme obtiendra la satisfaction sexuelle ou lorgasme (clitoridien ou vaginal).
- Le rapport sexuel normal (ou eupareunie) comporte 3 aspects :
la libido
lactivité sexuelle
la satisfaction sexuelle ou orgasme.
- Si il y a trouble, il y aura :
frigidité, hyper sexualité, apareunie
vaginisme, dyspareunie.
II. La frigidité
ou anaphrodisie
La frigidité ou anaphrodisie est classiquement labsence
de satisfaction sexuelle ou dorgasme au cours dun rapport
sexuel normal. Selon les statistiques 30 à 80% des femmes
se plaignent de frigidité.
Pour Hélène Michel Wolfrömm : toute femme
qui se dit insatisfaite en amour est frigide. Elle ajoute
la femme la plus normale est frigide à ses heures.
La frigidité revêt de multiples formes :
- Anaphrodisie ou insensibilité totale. Elles sont indifférentes
au coït, certaines simulent la jouissance comme la marquise
de Pompadour, dautres sont coïtophobes comme limpératrice
Eugénie qui, en parlant de lamour disait cette
saleté.
- Absence de plaisir vaginal (critère deupareunie retenu
par les psychanalystes) alors quexiste un orgasme clitoridien.
- Frigidité partielle où il existe une contradiction
entre lintensité du désir et la pauvreté
des sensations éprouvées et on a le tableau de :
lamoureuse frigide qui prodigue des trésors de tendresse et ne parvient pas à la plénitude du plaisir,
les inassouvies qui multiplient les tentatives comme les aventures et restent fatiguées des hommes mais non rassasiées, Messaline citée par Juvenal,
la frigidité peut disparaître dans certaines conditions psychologiques et certaines positions copulatrices.
On distingue :
Les frigidités primaires :
Cest une femme qui na jamais éprouvé dorgasme et peu même ignorer la possibilité de celui ci. Cette fridigité est la résultante de toute la vie de la patiente et de la relation quelle a avec son partenaire.
Linterrogatoire dirigé par chaque médecin selon sa propre maturité sexuelle fera préciser :
- Lhistoire des parents et leur description : père décédé, divorcé, beau-père non compréhensif ou entreprenant, anathème jeté par la mère au père pour ses débordements sexuels, parent ayant fait croire à une impureté de la sexualité : ne te regarde pas ,ne te touche pas.
- Les conditions de son éducation sexuelle ou son absence. Vagin découvert lors des premières règles : cette malédiction mensuelle.
- Lexistence de plaisir pendant lenfance ou ladolescence témoigne au médecin dune sexualité latente doù la nécessité de rechercher les flirts et les amours dadolescentes. Labsence de tout souvenir de cette époque est un mauvais élément de pronostic.
- Les épisodes traumatisants de lenfance ou de ladolescence, viol (ne pas sattacher à le faire dire à la première consultation), aventure homosexuelle.
- Les débuts de la vie amoureuse, nuit de noce avec un mari trop ardent, pas assez tendre ni patient, rapport accepté dans linconscience dune ivresse non voulue, grossesse immédiate, non désirée, avortement à la suite de la fuite du garçon, profond chagrin damour.
Tout ceci amène la femme à se refermer dans sa coquille.
Le mari, le partenaire de la femme frigide a été choisi selon un schéma inconscient forgé par la fillette dans son enfance ma mère a trop souffert de mon père, je choisis mon mari autrement.
- Le partenaire peut faire des fautes tactiques au cours de la courtisation qui peuvent choquer.
- Il peut faire des fautes techniques dans lars amendi :
choc émotionnel de la défloration,
omission des caresses préliminaires : il ne me caresse jamais,
impuissance ou éjaculation précoce du mari
le discours du mari peut choquer,
la nudité peut être mal acceptée,
certaines techniques font horreur (levrette),
le manque de synchronisation peut être en cause, certaines femmes préfèrent le matin dautres ne sont disponibles que le soir.
- Les conditions sociales de la vie du couple peuvent être en cause :
cohabitation déplaisante de la belle-famille (peur que les plaintes amoureuses ne soient perçues de toute la famille),
exiguïté de lappartement avec intrusion fréquente des enfants,
infidélité du mari.
Les frigidités secondaires :
Elles sinstallent après une période ou lorgasme existait, elles sont moins bien acceptées. Elles sont le plus souvent organiques.
Les causes :
endocrinienne : au moment de la ménopause,
Certaines femmes ne sont plus attirées par les relations sexuelles : je dois me forcer et pourtant jaime toujours mon mari,
équilibre nerveux perturbé lors de la ménopause.
Troubles de lhumeur. Léquilibre nerveux est fonction des rapports du couple et des aléas de la vie conjugale.
Nouvelle infidélité : devient frigide.
Frigidité après un avortement.
Psychotropes :ils permettent de retrouver un équilibre ou entraînent une anaphrodisie.
la pilule favorise quelquefois la frigidité.
Certaines pilules diminuent le degré dstrogénie : changer de pilule
Perte par la femme du risque de grossesse.
Perte par la femme du choix de ses rapports. Elle ne peut plus se refuser en prétextant le risque de grossesse.
Trouble du métabolisme de la vitamine B6
la stérilité : frigidité secondaire due au fait quil existe une sensation dinutilité, voire de futilité de tout rapport, doù la nécessité de ne jamais dire à une femme quelle ne pourra jamais avoir denfant.
Ailleurs ce sont les conseils pointilleux du gynécologue qui ont ôté toute spontanéité aux relations sexuelles : rapport à date fixe concentré sur les périodes de fécondité quand le sperme du mari est limite.
femme devant subir une hystérectomie qui devient frigide avant lintervention,
lésion de lappareil génital :
Herpès, condylomes, vaginites, peur de transmettre la maladie au mari, les inhibent, peur de la dyspareunie vaginale, restes hyménéaux qui sont lépine irritative prétexte.
Le traitement de la frigidité est difficile :
Le médecin, en fonction de sa relation avec la patiente sera plus ou moins à laise pour laider en lui donnant quelques rudiments déducation sexuelle, en lui démontrant les ressorts sociaux de sa frigidité (si la patiente est très névrotique, passer la main à un sexothérapeute ou si besoin à un couple sexothérapeute).
Traitement adjuvant :
- Hygiène : suppression du surmenage, vie au grand air.
- Vertu aphrodisiaque des truffes, piments, épices, crustacés, alcool, thé, café à petite dose.
- Yohimbine® 6cp/jour.
- strogène pour insuffisance ovarienne.
III. L'hypersexualité
ou nymphomanie
Cest lexagération de la libido.
Cest la fureur utérine accompagnée dhyperesthésie
vulvaire, naboutissant pas toujours à lorgasme.
IV. L'apareunie
- Par absence congénitale de vagin ou syndrome de Rokitanski-Küster-Hauser
: trompes, ovaires normaux mais utérus atrophique réduit
à deux cornes rudimentaires.
- Par pseudo-hermaphrodisme masculin avec une absence de vagin, dutérus et la présence de gonades souvent en situation ectopique (testicules féminisants). Il sagit dune insensibilité complète aux androgènes. Il sagit dune maladie héréditaire récessive liée au chromosome X. Le génotype est XY, les gonades sont mâles. Le phénotype est féminin à la naissance et le reste à la puberté, avec développement des seins et dune morphologie féminine parfaite, hormis lappareil génital.
- Dans ces tableaux, le syndrome de Rokitanski représente 90% des absences congénitales de vagin, le syndrome dinsensibilité aux androgènes 8%, labsence isolée de vagin partielle ou totale 2%.
- Dans tous ces cas, il existe un petit récessus inférieur vestibulaire qui dérive de la paroi postérieure du sinus urogénital et dont lorigine est différente des canaux de Muller. Ce petit vagin est susceptible de se distendre à la suite de rapports naturels persévérants quil faut encourager (méthode non opératoire de Franch). Si le résultat est insuffisant un clivage intervesico-rectal permettra de créer un néovagin que lon pourra recouvrir en partie de muqueuse. Dans le cas dinsensibilité aux androgènes par mutation du gène du récepteur, le risque de dégénérescence maligne des gonades impose, après la puberté, une castration complétée par un traitement strogénique substitutif à vie.
V. Le vaginisme
Cest une contraction involontaire et invincible des muscles
releveurs de lanus et adducteurs qui empêche lécartement
des cuisses et rend impossible tout rapport sexuel.
Il existe des vaginismes primaires, les plus fréquents, et
des vaginismes secondaires qui sont presque toujours organiques.
Le vaginisme primaire correspond à trois mécanismes
- La peur de lacte sexuel (70% des cas).
Ces femmes ont une personnalité infantile, elles redoutent la douleur, se croient étroites, elles aiment leur partenaire mais craignent dêtre anéanties par la possession.
- Lhostilité envers le partenaire (25%) : ce sont des femmes masculines qui ont choisi un partenaire timide, inexpérimenté, à lérection parfois défaillante.
- Laversion pour la sexualité normale (5%) : il peut sagir dune homosexuelle active.
A lorigine de ces vaginismes il y a :
une éducation sexuelle avec rigorisme religieux, conformisme social avec culpabilisation des plaisirs du corps,
un traumatisme affectif : viol, inceste,
une tendance homosexuelle latente,
parfois il sagit dun problème psychologique entraînant le rejet du partenaire. Le vaginisme symbolise le refus dune relation vécu comme état dinfériorité avec un homme que lon méprise.
Lhomme partenaire des vaginiques :
- Cest un petit névrotique, il est patient, gentil, il est anxieux, il ne tient pas longtemps, il est souvent barbu.
- Cest un grand maladroit, peu expérimenté, parfois brutal, qui se heurte à la double barrière de lhymen et de lincompréhension, ou il se contente dun rapport externe pendant des années, ou il organise sa vie de son coté.
Le vaginisme secondaire :
Il est généralement lié à une lésion du vagin. La pénétration est devenue impossible à la suite dun traumatisme :
traumatisme gynécologique : vaginite mycosique, vaginite à trichomonas, vaginite atrophique de la ménopause,
traumatisme obstétrical : déchirure, épisiotomie mal réparée,
traumatisme iatrogène : cobalthérapie,
traumatisme psychologique : adultère, choc affectif, décès,
traumatisme associant cause psychique et organique, peur de laccouchement, brides hyménéales, Masters et Allen, éjaculation prématurée, mari passif ou agressif,
traumatisme dipien : désir inconscient de la femme de vouloir arracher le membre viril ; de vouloir châtrer son compagnon.
Traitement :
Si lésion organique : on fait un traitement spécifique.
Sil ny a pas de lésion organique :
séance de traitement psychosomatique :
il comprend 2-3 séances avec explication anatomique lui montrant sur des schémas : comment est constitué lappareil génital. Il faut faire prendre conscience à la femme de son appareil génital et laider à surmonter son angoisse,
puis des séances ou la femme explore son corps.
Elle introduit ensuite elle-même des bougies de Hégar de calibre croissant avec exercice de contraction et de relâchement. Quand elle est parvenue à un calibre correct elle est invitée à explorer elle même sa cavité vaginale avec son index. On lui demande de pratiquer à domicile des exercices de contractions et relâchement des releveurs sur son doigt.
Les rapports sont autorisés quand la femme est capables dintroduire elle-même une bougie n°3O sans traumatisme.
VI. Les dyspareunies
Elles concernent 3% des couples.
Définition : ce sont des douleurs déclenchées
par les relations sexuelles.
Les facteurs psychiques sont importants. Ce peut être une
frigidité douloureuse ou ce sont des douleurs vraiment liées
au coït, avec retentissement sur la vie sexuelle et son équilibre
psychoaffectif.
3 ordres de dyspareunies :
1 - Les dyspareunies superficielles ou dintromission
Il faut rechercher :
une étroitesse pathologique : hypoplasie vaginale, atrophie vaginale avec au maximum lichen scléro-atrophique, myorraphie trop serrée des releveurs après une cure de prolapsus,
des lésions cicatricielles scléreuses du périnée après épisiotomie ou déchirure obstétricale,
un herpès, un eczéma vulvaire, une fissure anale, une mycose, une bartholinite,
des condylomes.
2 - Les dyspareunies de présence liées :
à une vaginite avec un état inflammatoire important,
à une mycose souvent associée à un prurit vulvaire,
à une atrophie muqueuse après la ménopause ou après une castration chirurgicale non traitée,
à une sécheresse pathologique des muqueuses génitales,
à une bride hyménéale,
à un raccourcissement vaginal post opératoire.
3 - Les dyspareunies profondes, balistiques ou de choc
Elles ont toujours une cause organique :
inflammation pelvienne : annexite, pelvi-péritonite,
endométriose,
rétroversion avec ou sans syndrome de Masters et Allen,
lésion de lovaire,
lésion cervicale,
Les dyspareunies profondes nécessitent souvent une clioscopie pour faire le diagnostic de la cause. Il peut sagir aussi :
dune colite,
dun stérilet hyperalgique.
La dyspareunie est un syndrome de transition dont lévolution se fait :
soit vers la rémission
soit vers laggravation en terme de :
- vaginisme,
- anorgasmie,
- frigidité,
- mésentente conjugale.